
J’ai pose les pieds en Australie un jeudi 19 juin 2008, a 4h00 du matin, heure locale, un an et un jour apres avoir quitte la France. J’ai dormi dans un coin de l’aeroport jusqu’au petit jour. J’ai doucement regarder le soleil se lever sur le sol rouge, poussiereux et broussailleux de l'Australie. Puis j’ai arpente Darwin, hallucine par la mecanique moderne, la carrure gigantesque des australiens, les prix deraisonnables des choses de la vie. Et moi, au milieu de tout ca, après des mois de decouvertes, d’Asie, de religiosite, d’approches tranquilles, de regards calmes, de questions spirituelles et de mysteres, j’ai bien senti que le voyage arrive a un de ses termes. Toutes ces coincidences de dates, de changement de monde et de comptabilite.
J’ai tourne dans la petite ville, suis tombe sur un geometre australien, chapeau en cuir de kangourou visse sur la tete, suis alle voir son patron, me suis presente, ai redige mon CV, achete un telephone portable et ai ete embauche pour le lundi 8h00. Tout ca en 34 heures australiennes, mal rase, en short et T-shirt.
Voila comment, j’ai trouve a financer mon voyage, ou plutot mon installation au bout du desert.
Le Territoire du nord, un des six etat australien, fait plus de 2 fois la superficie de la France avec 350 fois moins d’habitants, dont la moitie a Darwin, la ville la plus importante du Territoire avec une centaine de millier d’habitants. Sorti de la ville, on trouve une jonction au milieu de nulle part avec 3 routes partant vers les points cardinaux accessibles, et rien avant plusieurs centaines de kilometres. Alice Springs, la ville, digne de ce nom, la plus proche est a 1600km au sud. Darwin est calme, juste en face de la mer de Timor, parfois un crocodile de mer vient troubler la tranquillite des lieux en parcourant a pattes la ville.
Toutes les choses prennent des dimensions incroyables ici, a la mesure des trains routiers, camions tractant plusieurs remorques, les deplacements a travers l’etat se font plus souvent en avion qu’en voiture, les prix des fruits et legumes atteignent des sommets, la temperature hivernale frole les 30 degres et puis le reste, le bush, ou plutot rien, de la poussiere rouge qui marque definitivement les vetements, un soleil qui brule la moindre volonte, des herbes roussies, des kangourous, des serpents, des crocodiles, des araignees, des villages espaces tous les 150km, des lignes droites jusqu’au bout de l’horizon et la chaleur… Le desert.
Alors j’ai repris un rythme normal, une vie remplie de travail comme celle de beaucoup d'autres, des supermarches stables et des contraintes de temps, autant temporelles que climatiques.
Chaque matin, un coup d’oeil rapide a mon sac me rappelle qu’une annee de voyage s’est ecoulee. Un moment de vie extraordinaire, tout ce chemin parcouru, tous ces gens rencontres, tous ces moments partages un peu partout entre le huitieme et le soixantieme parallele Nord.
Maintenant que le temps a repris sa course tres lente a s’egrener en semaines, marques par les week-end, les samedis soirs de sortie et les dimanches de lassitude, j’imagine des voyage sur la Terre, je refais parfois des excursions revees le long des chemins d’Asie et d’ailleurs.
Elle est jolie cette petite ville avec ses couchers de soleil magnifiques tous les soirs, mais j’aimerais voir son pays, voir ce continent a lui tout seul, s’egarer sur ces routes de libertes, ces milliers de kilometres en ligne droite, dans une voiture ou un van...
Le plus dur dans l’art de voyager, c’est de s’arreter.
Un an de voyage, plus de 10 ans de conges payes et autant d’experience humaine partagee.
J’ai elucide quelques unes des questions qui me passaient par la tete, j’ai appris a comprendre les differences, a prendre mon temps, j’ai une vision de la Terre beaucoup plus vaste que ce que je pensais, je connais la vie de Bouddha, j'ai vu l'Everest et connais plutot bien la geographie de l'Asie, je comprends quelques mots dans plus de 10 langues, j’ai un carnet d’adresse eurasiatique, des grigris et des bouddhas plein la tete, le mot geopolitique me parle, je sais comment trouver de l’eau au milieu de la jungle, le communisme et son histoire n’ont presque plus de secret pour moi, je parle couramment avec les mains et le reste du corps, je sais qu’il faut se mefier du nuage qui approche en Mongolie, qu’il faut toujours faire face aux chiens, qu’il est possible de s’habiller pendant un an avec une tenue et un change, qu’on n'a pas a etre malheureux quand on est francais, je sais apprecier une nuit sur un sol dur, je sais savourer un petit dejeuner sale, j'ai renfloue mon capital confiance, j'ai decouvert le sens du mot "partage", je suis maintenant presque sur que la meilleure biere au monde est belge….. et surtout, je sais pourquoi je travaille…
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