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Cambodge - Phnom Penh


de Remy, 25-04-2008

A travers le Cambodge


J’y ai beaucoup pense au Vietnam ou tout est amenage pour deplacer les hordes de touristes, j’y songeais deja en debut de voyage et j’ai du en rever par tous les recits de voyage lus et relus. J’ai beaucoup de temps et d’experiences a tenter. Alors je suis parti de Ha Tién, vers six heures du matin, aux premieres lueurs de l’aubre, a pied ; avec mon sac et mes chaussures repares pour l’occasion. On m’a indique la frontiere cambodgienne a 6 km, le premier village digne de ce nom a 25 km et le premier hotel a 60 km. J’etais juste un peu anxieux de trouver un logement pour la nuit, mais le Vietnam defilait lentement sous mes pas et l’inquietude s’est doucement diluee dans la chaleur matinale. Apres une heure trente de marche, j’ai apercu le portique marquant la sortie du Vietnam, puis la barriere signalant l’entrée au Cambodge. J’ai recolte d’un douanier parlant un peu le francais quelques informations sur les villages aux alentours. Kampong Trach, a 17 km de la, lui a paru le plus sur endroit ou passer la nuit. Quand le soleil de dix heures a entame sa course vers le zenith, j’ai commence a sentir tout le poids de toutes les choses inutiles de mon sac, vite ramene a celui de mes idees et a l’immensite de la plaine cambodgienne, jaune au milieu des exploitations de sel. Mes pas se sont fait plus lourd dans la poussiere rouge, j'ai senti doucement le soleil essayant de me bruler les mollets, le cou, me vidant de toutes les gorgees d’eau avalees a intervalle regulier. Passe la frontiere, on rentre dans un nouvel univers, une autre histoire mouvementee et la langue Khmer. Je me perds un peu plus dans ces nouveaux sons, ces intonations et ces questions… J’essaie regulierement de savoir quelle est la distance jusqu’au village et si cela colle a l’estimation faite. Ce que je comprendrais bien plus tard, c’est que le cambodgien ne se deplace pas si loin, encore moins a pied et pour autant il donne toujours son avis. Je le vois reflechir, m’imaginant qu’il retrace interieurement la route, cherchant des reperes, convertissant du temps en distance, mais il n’est jamais alle aussi loin! Dans quel mystere il peut bien naviguer? A chaque reponse, je m’etonne, m’inquiete ou espere : “…J’aurais ete aussi vite!... Il reste encore 25 bornes!!.... Plus que 10 km!...” Apres cette grande séance de loterie, je comprends qu’il me reste seulement a compter les heures, sans essayer de remettre en cause les informations de depart. Je salue mille fois les gens, donne la main a certain gosse qui veulent se montrer plus courageux que leurs aines pour m’accompagner un instant. Et ma petite marche se propage comme une onde a travers la plaine du Takeo, une moto passe, un attelage me croise et de bouche a oreille jusqu’a la pagode… Je vois une moto arriver avec un moine en robe safran, il s’arrete a ma hauteur et me parle en anglais, sait que je marche depuis plus loin la-bas. C'est aujourd’hui le nouvel an Khmer et il serait ravi de me voir partager les festivites… Pas autant que moi!
A peine arrive il me montre ou dormir, et il n’est pas facile a convaincre quand je lui refuse son propre lit. Il me presente aux moines, aux fideles et m'invite a m’asseoir parmi eux pour la priere avant le repas. Me voila transforme en sectateur bouddhiste. J’observe “Mister Pheak”, le maitre de la pagode, venere comme un dieu et qui du haut de ses 25 ans dirige ses ouailles a coup d’exemple de la vie de Bouddha. Tout ca pourrait presque paraitre bizarre si Mr Pheak n’etait pas autant rempli de bon sens, de devouement et de comprehension pour ses semblables. Pendant la priere, je sens tous les regards qui se posent sur moi au moindre de mes mouvements et ca se transforment vite en un exercice d’imitation ou chaque impair declenche des rires. Je m’assois en tailleur, la position reserve au Bouddha, aux maitres, je ne me penche pas assez vers le sol, je ne tiens pas les mains jointes assez pres de la poitrine… Quand le repas des fideles est termine, on m’emmene me laver puis jouer “aux boules” – version locale. Quand il se met a pleuvoir, on m’emmene au mausolee pour regarder les gosses glissant nus, comme dans un jeu de quilles, sur la surface carrelee face au dortoir des jeunes moines.
Et quand vient la soiree, on m’emmene pour la priere au temple, puis on s’assoit devant un petit autel en plain air, ou je reponds aux questions des gens, traduites par le maitre. On parle de religion, bien sur, des fruits et des legumes quón trouve en France et quand je tente l’explication de la neige, certains connaissent et d’autres eclatent de rire devant un tapis blanc glace tombe du ciel…
Ils veulent absolument me voir danser. Le nouvel an Khmer est l’occasion d’un bal dans la pagode ou certains trouvent l’ame soeur, parfois meme certains moines. Devant une foule compacte et souriante (comme au zoo), aux moines rassembles en retrait, je me lance dans une suite de mouvements lents sur les airs locaux, seul comme un idiot au milieu de l’arene. Quelques locaux viennent me rejoindre et il me faudra longtemps pour m’echapper du cercle des danseurs, tournant lentement autour d’une table comme dans un jeu de cache-cache.
Le lendemain, un peu avant 5h00 du matin, un tintamarre a peine musical reveille toute la pagode. Une frenesie d'activites gagne le monastere alors que le soleil n’est meme pas leve. Je dejeune avec les jeunes moines et accepte l’eau et les fruits pour la journee a venir, mais refuse l’aide motorisee et l’enorme pasteque. Je fais mes adieux a la pagode, aux fideles, monte sur l’estrade face au temple, les mains jointes, en penchant le buste regulierement, je balaie de gauche a droite l’assistance et vois les moines, les jeunes, les vieux, tous, me rendre mon salut, identique. Je descends rapidement et pars vite, bouleverse de tous ces saluts, moment de communication parfait, presque religieux. Je sors plus difficilement du village, ou on m’accroche par l’epaule pour boire un café, on m’a vu danser hier, on me propose une moto. Je retrouve la route de la veille et poursuis vers Lork a environ 6 km, puis je marche cinq heures a travers une campagne pauvre, des vaches et des chiens fameliques, des gosses sales, mais partout des sourires et des rires. J’atteins une route goudronnee ou les charettes sont remplacees par des voitures. A une cabane en bambous pres de la voie, on m’arrete, on me fait signe de m’asseoir et de boire une biere qu’on me tend. Je mets du temps a me rendre compte que les trois comperes sont de la police. Ils ont un comportement bizarre et le tas de canettes vides a cote laisse suppose qu’ils n’ont pas vu passer l’apres-midi. Ils arretent, indifferement, une moto quand l’envie leur en prend et se mettent dans la poche quelques billets. Il m'indiquent Kep a 13 km et me laissent partir difficilement en me glissant une biere dans la poche. Je repars lentement, a peine prêt a affronter trois heures de marche. Quand une moto s’arrete pour me proposer de me deposer a Kep, a 30 km de la (!), j’accepte, incapable d’estimer la distance restant a parcourir. Apres un quart d’heure, je me retrouve sur la plage, face au coucher de soleil, pas mal epuise. Le lendemain je repars et cette fois n’ai qu’a suivrela route pour parcourir les 25 km jusqu’a Kampot. Je suis reste la-bas quelques jours pour soigner les cloques aux pieds, laisser blanchir les bleus aux epaules, faire quelques ballades dans la jungle et me baigner dans les rivieres. J’ai pris le bus pour Phnom Penh, la capitale… 148 km parait trop loin, meme si 80 km en trois jours sont possibles.

Les photos arriveront par un matin ou on ne serra plus 20 a se partager guere plus de 200 ko...

A bientot !

Commentaires sur cet article
Ben
Quelle chance de vivre une expérience pareille ;-)

J'aurais aimé voir tes pas de danse en solo! Ca devait être un des meilleurs moments de solitude de tout le voyage! ha ha ha!!!!

Allez en route, vive l'aventure!!!

Bisou mon lapin!
 

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